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Message  Hop-Frog le Ven 19 Juin 2020 - 21:33

J'me promène dans les beaux quartiers avec le seum qui fait peur aux riches.
Au DD, PNL

Assis devant la table branlante de la cuisine, tu feuillettes nerveusement le gros bouquin que Boris t'a filé. Ta robe de chambre dénouée à la taille s’ouvre sur un caleçon parachute délavé, dont l’étiquette grossièrement découpée te gratte le cul.

Tu es au maximum de ton charme.

Dans différentes parties de la périphérie du système-monde, des mouvements [...blablabla...] poursuivaient bien une critique, souvent accompagnée de violences, présentée comme une alternative au capitalisme ou, plus généralement, à la société occidentale libérale [...blablabla...] mais, dans les zones centrales pour le capitalisme, ces formes de contestation ont eu plutôt, en tenant lieu de repoussoir, tendance à renforcer la domination idéologique du capitalisme.

En lisant cette phrase trop longue, tu croques dans le croissant sec qui traîne depuis trois jours sur la table. Tu mets des miettes partout sur ta robe de chambre et ton calbar. Tu laisses la trace de ton doigt gras sur la page 458 et lèves les yeux vers ta moitié.

Delphine récite sa clope du petit-déjeuner collée à la lucarne. Elle est nue, comme souvent, les seins marqués par la fraîcheur du matin.

De derrière ce livre que tu ne lis pas vraiment et que tu ne comprends pas du tout, tu l'interroges : « Dis-moi, Guillaumet, depuis quand tu fumes à poil à la fenêtre ? Ça t'excite ? » Dans la rue d'en bas, tu entends le train du quotidien qui débarde ses passants. Tu imagines qu’un badaud lèvera la tête pour reluquer le paysage. Delphine ne se démonte pas et donne la réplique : « Arrête ton cirque, Valèze, c’est parce que tu blaires pas l’odeur du tabac que je fume ici. » Elle mate les toits tout en tirant sur sa roulée.

Tu balances une salve de mesquinerie, le front ridé par la contrariété :« Allons-y gaiement alors... Montre ton cul à tout le quartier, ils le connaissent déjà de toute façon ! À ton apogée, t'avais pas à toucher ta culotte pour la baisser, vrai ? »

Tu deviens facilement con quand tu t'énerves.

Delphine se penche un peu plus encore, accoudée sur le châssis, t'expose une lune bien ronde pour t’informer de son mépris, pendant que sa lourde poitrine continue d’enjoliver la façade sud de votre immeuble. Ses lignes courbes brouillent ta colère. Tu n'as pas le temps de renchérir qu'elle a déjà fini d’abîmer ses beaux poumons et s'éloigne de la fenêtre. Mi-figue mi-tapin, elle presse un reste de flegme dans le cendrier : « À mon apogée, comme tu dis, je ne portais pas de culotte. »

Des fumerolles s'éparpillent comme un voile de satin sur l’ourlet de son sexe. Elle tourne le dos à ton exaspération d’inquisiteur grotesque et part se laver avec l’assurance d’une femme fatale.

Tu devrais prendre le temps de te calmer mais tu te lèves brusquement. Ton genou tape le plateau de la table. Tu poses l’in-quarto sur un meuble du salon pour ne pas le déchirer. Tu ouvres les placards et sors un mauvais caoua, à consommer de préférence avant l’année dernière. Tu livres une bataille féroce contre la vieille cafetière et le grille-pain, qui renâclent désormais depuis des semaines dans l'accomplissement de leur tâche respective. Le porte-filtre coule salement du nez et le toasteur toussote des miettes pulvérulentes de pain brûlé.

L’estomac noué, tu bois quand même ton jus de chaussette. Tu balances le bol dans l’évier où quelques moisissures garnissent la vaisselle qui traîne.

Tu vois enfin une silhouette habillée sortir de la salle d'eau. Tu enfiles un blue-jean à la va-vite et remets ton pull de la veille. Vous prenez vos manteaux, vos bagages, et la route sans vous dire un mot.

Derrière le pare-brise, le mistral promène énergiquement ses volatiles. Des rafales criblent votre voiture de quelques feuilles mortes. Tu fais gravement la gueule. Delphine aussi, mais ça n’enlève rien à sa beauté.

Vous êtes encore très loin de l’Atlantique, de son ciel gris lourd remué par les brisants.

Delphine, mains sur le volant, bouffe l'horizon tout cru. Droite. Fière.

Tu te rappelles que tu as oublié les tartines dans le grille-pain et tu soupires. L'œsophage cramé par le café et la contrariété, tu tentes une dernière approche : « Guillaumet, tu me promets de plus fumer à poil devant la fenêtre ou je saute de la bagnole ? »

***

Albert devrait arriver encore plus tard que vous. Il vous a promis d’apporter le nitrite d’amyle et le flingue.
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Message  Hop-Frog le Lun 20 Juil 2020 - 18:46

Elle ne t'a rien promis. Tu n'as pas sauté. Il y a bien eu ce moment où tu es sorti précipitamment de la voiture, mais c'était pour pisser contre un arbre.

***

Le soleil moribond de novembre perce à peine les nuages. Frileusement repliés dans vos vêtements, vous attendez Albert à la terrasse d'un troquet. Sylviane s’envoie un verre de rouge. Boris et toi une pinte de Guinness. Delphine buvote une vodka sans conviction.

Quand le vieux rejoint votre groupe, il fait déjà noir et les lampadaires n’éclairent pas plus que leur ombre. Il vous salue de loin. Vous lui renvoyez un sourire avec des gueules de troisième tournée. Albert s’installe tout seul cinq minutes devant le zinc, le temps qu'un serveur lui file son irish coffee. Puis il ressort et s'assoit entre les deux femmes.

« Désolé pour mon retard, les jeunes, je devais rencontrer le propriétaire pour notre location de ce soir. Vous avez fait bonne route ? » Comme il regarde Sylviane, la doyenne de notre horde, en posant sa question, elle objecte : « J'ai une gueule de jeunette peut-être ?
— Ma belle, ton esprit d'aventurière fait de toi la plus jeune d'entre nous ». Sur cette réplique de renard, il s'approche de la table, la gueule cachée au tiers par ses bacchantes : « Toujours prêts à le faire ?
— Ils vont en chier dans leur froc ! » s'enthousiasme raisonnablement ta gonzesse, en levant son verre.
Il insiste : « Le moment venu, nous ne nous chercherons pas d'excuses, hein ?         
— Ils pourront présenter les leurs, à l’occasion », ajoute Boris, cette espèce de pantruchois grandiloquent qui arrive à placer des phrases courtes, « à l’occasion ».

Tu lèves aussi ton verre et tandis que vous trinquez, quelques mots enflammés se perdent encore entre vos postillons d’alcool de patates, de raisin fermenté, de stout, et de café au whisky.

L'estomac lourd d'alcool, l'esprit vaporeux, vous ne tardez pas à rejoindre la tanière que Monsieur renard vous a dénichée. La maison de ville où vous allez dormir fait demi-portion, coincée entre deux gros immeubles mitoyens qui bombent la façade.

L'intérieur a presque des airs de squat. Tous les bagages rentrés, Sylviane tourne les robinets crasseux des radiateurs en fonte. Des bulles d'air roulent bruyamment dans les tuyaux jusqu'aux molettes de raccordement.

Surtout dehors, mais un peu dedans quand même, il se met à pleuvoir. Les murs diffusent une sale odeur de terre détrempée. Vous vous arrangez pour poser des seaux ou d'autres récipients trouvés sous l'escalier là où ça goutte.

Albert sort un saladier couvert de cellophane du petit frigo d'étudiant qui se trouve dans la cuisine/salle à manger/chambre d'appoint. Il se donne des airs de grand cuistot et annonce qu'il est venu accompagné d'une pâte à crêpes. Tout fier, il vous montre un granit liquide jonché de petits minéraux noirs et blancs. Sous la lumière verticale de la hotte encastrée, il y a comme des reflets cristallins de quartz qui brasillent.

Quand il fout une première louche dans la poêle, un brouillard épais jaillit et Sylviane sursaute. Elle gueule au bigoudingue de faire gaffe. Comme quoi les vieilles aventurières s’inquiètent plutôt vite.

Après que vous avez graillé dignement, Boris prend une guitare qui traînait derrière un meuble. La caisse de résonance est toute gonflée, les cordes sont rouillées, bref c’est l’instrument parfait pour qui veut se la jouer poète maudit. Afin d'éviter un malaise général parmi les spectateurs, tu décides de rouler un bon gros joint et de le partager pendant qu'il se la donne cordes et âmes.

À l'entracte ou presque, tu sors pour arroser le trottoir et ses mauvaises herbes (tu ne tentes jamais la cuvette quand tu as la tête qui tourne). Tu remarques alors que l'évacuation de votre hotte balance dans la rue des vapeurs de rires, d'herbe, et de chansons philosophico-romantiques, mais elle ne dit rien de ce que vous préparez vraiment ici.

Et tu penses que c’est tant mieux.
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