Dernière nuit chinoise
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Dernière nuit chinoise
Immobile, je contemplais la vallée qui s’étirait en un verdoyant océan de cultures, la plaine s’étalait à mes pieds jusqu’aux contrebas des sombres colosses montagneux. La contemplation aurait pu se suffire d’un tableau aux aplats de couleurs si contrastées, aussi vives dans les champs que sombres dans les montagnes. En réalité, en scrutant plus attentivement, la vallée s’organisait en une marqueterie aux multiples nuances colorées, parfaitement agencées en des milliers de rizières. Minuscules casiers si précisément délimités par leurs diguettes de terre. Rien n’était le fruit du hasard dans ce paysage faussement naturel. Tout y avait été pensé, réfléchi, délimité, partagé, soigné, inventé depuis si longtemps. A l’horizon, les silhouettes courbées des villageois se muaient en petites taches noires aux pieds disparus dans la boue.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
Bonsoir Cilou, j'aime bien la description, mais j'aurais allégé un peu : 'verdoyant' je l'aurais enlevé, 'sombres colosses montagneux' j'aurais enlevé un adjectif, et puis à la fin un peu incohérent, c'est des tâches noires (fondu, délavé) mais on voit quand-même que les pieds ont disparu dans la boue...
J'aime bien ce type de description, qui demande un peu d'effort mais permet de voyager sans effort...
J'aime bien ce type de description, qui demande un peu d'effort mais permet de voyager sans effort...
roro- Nombre de messages : 202
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Date d'inscription : 15/09/2008
Re: Dernière nuit chinoise
J'ai un 'effort' de trop...
roro- Nombre de messages : 202
Age : 42
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Date d'inscription : 15/09/2008
Re: Dernière nuit chinoise
Je vais aller dormir...
roro- Nombre de messages : 202
Age : 42
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Date d'inscription : 15/09/2008
Re: Dernière nuit chinoise
Petit texte descriptif soigné et poétique. Pas mal.
Ps: Par ailleurs il est tellement court qu'il serait peut être plus approprié d'en faire un poème non ? a voir
Zhangfey- Nombre de messages : 16
Age : 42
Date d'inscription : 18/01/2012
Re: Dernière nuit chinoise
Pour info, cilou, et juste pour info, il existe, dans le forum Conversations, un fil pour textes courts : http://www.vosecrits.com/t9216-fragments-le-fil-de-vos-textes-courts
Invité- Invité
Couleurs...
Pour un "périple" c'est un peu court !
Mais le peu que j'ai lu m'a paru soigné. Vu d'avion ? En tous cas, je m'imaginais en train de voler et admirer les couleurs.
Ubik.
Mais le peu que j'ai lu m'a paru soigné. Vu d'avion ? En tous cas, je m'imaginais en train de voler et admirer les couleurs.
Ubik.
Re: Dernière nuit chinoise
Cela commence comme un tableau "fauve", et se termine comme un tableau impressionniste.
Jolie description.
Jolie description.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
Je les avais aidé une partie de la journée au minutieux repiquage du riz. Fourbu, tel un citadin inadapté, je souffrais, la brûlure de mes reins me le rappelait cruellement. Dans cette société si respectueuse de l’ordre des choses, je compris pourtant que le repiquage habituellement réservé aux femmes nécessitait moins de force que le labourage attelé à un buffle. J’étais hébergé dans la maison d’une famille villageoise ce qui était pour moi un luxe d’une rare authenticité, j’essayais par conséquent de me rendre utile. Accepter un étranger, de surcroit occidental, ne fut pas naturel. Les européens entre aperçus étaient des touristes pressés derrière l’œil d’un objectif photographique, entassés sur des bateaux de croisières remontant le fleuve bleu. Le soir tombait déjà dans la tropicale humidité ambiante. J’attendis sur le chemin, le retour du couple qui m’offrait l’hospitalité et que je reconnu difficilement parmi la longue marche paysanne. Beaucoup me regardaient furtivement sans accorder davantage d’attention à ma singulière présence. A mes yeux, ils étaient des paysans pauvres et endurcis, j’étais vraisemblablement un étranger qui n’était point à sa place. Je me demandais combien de temps encore ces chinois vivraient ainsi. Plus en aval sur le fleuve bleu, à quelques kilomètres de là, la construction du plus grand barrage du monde avait englouti les villages, des millions de chinois avaient du quitter la région. Plus sournoises encore, les dérèglements écologiques engendrés par un si grand lac artificiel risquaient à terme de compromettre leur avenir rizicole. Pour l’heure beaucoup profitaient d’avantages immédiats : le barrage des trois gorges attirait touristes et devises.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
Je trouve ça très prometteur, j'aime beaucoup les textes qui s'inscrivent et s'attardent dans des lieux sans pour autant lasser. (désolée, je suis un peu courte mais j'y reviendrai plus longuement à l'occasion d'une suite)
Janis- Nombre de messages : 13490
Age : 63
Date d'inscription : 18/09/2011
Re: Dernière nuit chinoise
Ok, je n'avais pas capté qu'il y aurait une suite, le titre le sous-entend pourtant assez clairement. Pour le moment, certains éléments du décor ainsi planté ne peuvent bien sûr pas ne pas évoquer - toutes proportions sagement gardées - Un barrage contre le Pacifique. Je viendrai m'informer de la suite.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
J'ai trouvé que la description manquait un tout petit peu de naturel ( peut-être juste quelques mots en trop, comme cela a été remarqué par Roro.) J'aime beaucoup le thème. Un membre de ma famille effectue en ce moment un périple aussi ( Paris-Shanghai en vélo, rien de moins!) et c'est passionnant de découvrir à travers les écrits de quelqu'un des paysages, et aussi les réactions des gens les uns face aux autres. Je lirai la suite avec plaisir.
Lamarjo- Nombre de messages : 77
Age : 47
Localisation : marjobonne51@laposte.net
Date d'inscription : 27/11/2011
Re: Dernière nuit chinoise
Une description prometteuse, rédigée avec soin.
Voici un addendum orthotypographique :
– « A l’horizon » : « À » (accent sur la majuscule, Alt + 0192) ;
– « Je les avais aidé une partie de la journée » : « aidés » ;
– « d’une famille villageoise ce qui était pour moi » : virgule après « villageoise » ;
– « de surcroit occidental » : traditionnellement, « de surcroît » ;
– « Les européens » : « Européens » (majuscule) ;
– « entre aperçus étaient » : « entr'aperçus » ;
– « sur des bateaux de croisières » : à mon sens, « croisière » ;
– « J’attendis sur le chemin, le retour » : pas de virgule ;
– « et que je reconnu difficilement » : « reconnus » ;
– « A mes yeux » : « À » ;
– « qui n’était point à sa place » : ce « point » pour moi est trop affecté dans le contexte ;
– « combien de temps encore ces chinois » : « Chinois » (majuscule) ;
– « des millions de chinois » : idem ;
– « avaient du quitter » : « dû » (accent circonflexe obligatoire) ;
– « Plus sournoises encore, les dérèglements » : « sournois » ;
– « le barrage des trois gorges attirait » : « barrage des Trois-Gorges ».
Voici un addendum orthotypographique :
– « A l’horizon » : « À » (accent sur la majuscule, Alt + 0192) ;
– « Je les avais aidé une partie de la journée » : « aidés » ;
– « d’une famille villageoise ce qui était pour moi » : virgule après « villageoise » ;
– « de surcroit occidental » : traditionnellement, « de surcroît » ;
– « Les européens » : « Européens » (majuscule) ;
– « entre aperçus étaient » : « entr'aperçus » ;
– « sur des bateaux de croisières » : à mon sens, « croisière » ;
– « J’attendis sur le chemin, le retour » : pas de virgule ;
– « et que je reconnu difficilement » : « reconnus » ;
– « A mes yeux » : « À » ;
– « qui n’était point à sa place » : ce « point » pour moi est trop affecté dans le contexte ;
– « combien de temps encore ces chinois » : « Chinois » (majuscule) ;
– « des millions de chinois » : idem ;
– « avaient du quitter » : « dû » (accent circonflexe obligatoire) ;
– « Plus sournoises encore, les dérèglements » : « sournois » ;
– « le barrage des trois gorges attirait » : « barrage des Trois-Gorges ».
Invité- Invité
dernière nuit chinoise : suite et fin
Comme vous le souligniez le périple est court j’aimerais alors que la modération change le titre « périple chinois » en « dernière nuit chinoise »
Je rejoignais la ferme où l’on m’avait réservé une couche un peu à l’écart. Dans l’enclos, l’homme donnait à manger aux cochons noirs et aux poules. Au fond de la pièce collective, je devinais la femme à travers des vapeurs enfumées. J’étais fasciné par les préparatifs culinaires et la palette épicée des odeurs qui s’en échappaient. Avec des gestes aussi rapides que précis, elle s’affairait à l’aide de quelques rares ustensiles et d’une multitude de denrées dont je n’aurais pas su nommer la plupart. Munie d’un impressionnant hachoir, elle débitait tout ce qui lui passait entre les mains en fines tranches, lanières et cubes préparés pour le huoguo ou fondue. Bouillonnait une marmite au jus brunâtre très épicé. Chacun y plongeait viandes et légumes puis récupérait les morceaux pour les tremper dans un bol d’huile de sésame. Le goût et la température s’en trouvaient adoucis avant de porter à la bouche ces petites bouchées fumantes. Dans cette région humide du sud de la Chine, les rhumatismes étaient combattus à grandes doses de bouillon brûlant. Pour ma part j’avais appris à laisser ostensiblement quelques aliments dans mon assiette sous peine d’être immédiatement servi de nouveau. Les épices et la chaleur m’engourdissaient et je flottais dans une bruyante torpeur teintée des éclats de conversations que je ne comprenais pas. Avant de sombrer dans ma dernière nuit chinoise, une seule pensée me vint à l’esprit : demain je pars et dans quelques jours je serais avec ma femme et mes enfants.
Le lendemain, je m’éveillais aux sons rauques des cochons et à l’appel d’un coq lointain. Je sortis en trainant les savates et m’assis sur le premier talus qui surplombait la vallée. Le soleil énorme montait lentement tel le rideau d’un théâtre qui retient le suspens du spectacle. Je voulais tout capter et tout avaler, le grandiose et l’indicible, pour les garder intacte dans ma mémoire. A l’horizon, les douces courbes des collines embrumées, m’apaisaient, je ne m’étais rarement senti aussi serein et lucide. Pourtant, la contemplation solitaire de la beauté était une triste souffrance. Ramassé sur ma butte de terre, la gorge nouée, je me mis à pleurer. Les yeux embués, je luttais pour garder le contrôle, mais ici, dans la province du Sichuan, je ne maîtrisais plus rien. Les digues cédaient, les vannes grandes ouvertes libéraient un flot de frustration et de regrets. Comment en étais-je arrivé là ? Comment avais-je pu croire qu’il suffit de partir pour laisser sa vie derrière soi. Le voyage n’est pas une route qui nous-mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même. Mon périple chinois pouvait s’achever, car j’avais découvert davantage encore l’étranger que j’étais que les déconcertants chinois.
Je rejoignais la ferme où l’on m’avait réservé une couche un peu à l’écart. Dans l’enclos, l’homme donnait à manger aux cochons noirs et aux poules. Au fond de la pièce collective, je devinais la femme à travers des vapeurs enfumées. J’étais fasciné par les préparatifs culinaires et la palette épicée des odeurs qui s’en échappaient. Avec des gestes aussi rapides que précis, elle s’affairait à l’aide de quelques rares ustensiles et d’une multitude de denrées dont je n’aurais pas su nommer la plupart. Munie d’un impressionnant hachoir, elle débitait tout ce qui lui passait entre les mains en fines tranches, lanières et cubes préparés pour le huoguo ou fondue. Bouillonnait une marmite au jus brunâtre très épicé. Chacun y plongeait viandes et légumes puis récupérait les morceaux pour les tremper dans un bol d’huile de sésame. Le goût et la température s’en trouvaient adoucis avant de porter à la bouche ces petites bouchées fumantes. Dans cette région humide du sud de la Chine, les rhumatismes étaient combattus à grandes doses de bouillon brûlant. Pour ma part j’avais appris à laisser ostensiblement quelques aliments dans mon assiette sous peine d’être immédiatement servi de nouveau. Les épices et la chaleur m’engourdissaient et je flottais dans une bruyante torpeur teintée des éclats de conversations que je ne comprenais pas. Avant de sombrer dans ma dernière nuit chinoise, une seule pensée me vint à l’esprit : demain je pars et dans quelques jours je serais avec ma femme et mes enfants.
Le lendemain, je m’éveillais aux sons rauques des cochons et à l’appel d’un coq lointain. Je sortis en trainant les savates et m’assis sur le premier talus qui surplombait la vallée. Le soleil énorme montait lentement tel le rideau d’un théâtre qui retient le suspens du spectacle. Je voulais tout capter et tout avaler, le grandiose et l’indicible, pour les garder intacte dans ma mémoire. A l’horizon, les douces courbes des collines embrumées, m’apaisaient, je ne m’étais rarement senti aussi serein et lucide. Pourtant, la contemplation solitaire de la beauté était une triste souffrance. Ramassé sur ma butte de terre, la gorge nouée, je me mis à pleurer. Les yeux embués, je luttais pour garder le contrôle, mais ici, dans la province du Sichuan, je ne maîtrisais plus rien. Les digues cédaient, les vannes grandes ouvertes libéraient un flot de frustration et de regrets. Comment en étais-je arrivé là ? Comment avais-je pu croire qu’il suffit de partir pour laisser sa vie derrière soi. Le voyage n’est pas une route qui nous-mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même. Mon périple chinois pouvait s’achever, car j’avais découvert davantage encore l’étranger que j’étais que les déconcertants chinois.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
toujours beau, prenant, enveloppant.
Mais je persiste à trouver que c'est encore comme le début de quelque chose de plus grand.
C'est à dire que le format court a l'air d'enfermer - à mon goût, et pourtant j'aime les textes courts -, de comprimer ce récit aux ramifications mystérieuses, on a envie que ça continue à explorer. J'apprécie la présence de la nature dans toutes ses dimensions : le cochon, les poules, le soleil, la montagne.
Mais je persiste à trouver que c'est encore comme le début de quelque chose de plus grand.
C'est à dire que le format court a l'air d'enfermer - à mon goût, et pourtant j'aime les textes courts -, de comprimer ce récit aux ramifications mystérieuses, on a envie que ça continue à explorer. J'apprécie la présence de la nature dans toutes ses dimensions : le cochon, les poules, le soleil, la montagne.
Janis- Nombre de messages : 13490
Age : 63
Date d'inscription : 18/09/2011
Re: Dernière nuit chinoise
Ton texte est très, très beau, porteur d'une émotion qui semble sincère. Il en émane une sérénité très mélancolique. Est-ce une invention ou une expérience vécue ? Ou peut-être un mélange des deux ?
Quelques fautes sont à noter dans ton dernier message, certaines plutôt gênantes pour la lecture. Je me permets de le faire remarquer parce que ton texte est d'une très bonne qualité en regard du fond, il est donc dommage que la forme le parasite un peu.
En tout cas, tu exploites les images sensorielles à merveille, on se sent happé et vivre ces derniers instants au Sichuan. D'autre part, le fait que tu couples à ces images une considération philosophique de ce périple donne une dimension cathartique très forte. J'aime particulièrement la phrase suivante :
Quelques fautes sont à noter dans ton dernier message, certaines plutôt gênantes pour la lecture. Je me permets de le faire remarquer parce que ton texte est d'une très bonne qualité en regard du fond, il est donc dommage que la forme le parasite un peu.
En tout cas, tu exploites les images sensorielles à merveille, on se sent happé et vivre ces derniers instants au Sichuan. D'autre part, le fait que tu couples à ces images une considération philosophique de ce périple donne une dimension cathartique très forte. J'aime particulièrement la phrase suivante :
Elle est d'autant plus touchante qu'il s'agit d'une réalité que j'ai saisie dans toute son ampleur il y a peu. Nous sommes indéfiniment ramenés à nous-mêmes, quoi que nous fassions, même en fuyant au plus profond du voyage. Tu as un lecteur de plus pour ce beau début (car, tout comme Janis, je sens le potentiel d'un texte capable de tenir encore sur quelques pages).Le voyage n’est pas une route qui nous-mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même.
Lotelé- Nombre de messages : 17
Age : 36
Date d'inscription : 26/01/2012
Re: Dernière nuit chinoise
Merci à vous pour vos commentaires très encourageants, surtout pour moi qui postait mon 1er texte.
Non ce n'est pas une expérience vécue mais une totale invention.
Si vous le dites il est peut-être trop court mais l'invention se tarie quand elle n'est justement pas alimentée pas un voyage réel, sans compter la peur de raconter de grossières erreurs.
Ceci dit il est vrai que je me laisse davantage aller à transmettre des ambiances intimes et impressions visuelles plutôt que de vouloir raconter une histoire qui devient souvent un prétexte. Comment alors ne pas tourner à vide dans un récit plus long.
Non ce n'est pas une expérience vécue mais une totale invention.
Si vous le dites il est peut-être trop court mais l'invention se tarie quand elle n'est justement pas alimentée pas un voyage réel, sans compter la peur de raconter de grossières erreurs.
Ceci dit il est vrai que je me laisse davantage aller à transmettre des ambiances intimes et impressions visuelles plutôt que de vouloir raconter une histoire qui devient souvent un prétexte. Comment alors ne pas tourner à vide dans un récit plus long.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
Je confirme : une belle réussite. Un texte sensible, à l'écriture raffinée et sobre, discrète mais non moins évocatrice.
Est-ce déjà la fin ?
– « dans quelques jours je serais » : « je serai » (discours direct) ;
– « Je sortis en trainant » : traditionnellement, « traînant » ;
– « pour les garder intacte dans ma mémoire » : « intacts » (le grandiose et l'indicible) ;
– « A l’horizon » : « À » (Alt + 0192) ;
– « les douces courbes des collines embrumées, m’apaisaient » : pas de virgule ;
– « Comment avais-je pu croire qu’il suffit de partir pour laisser sa vie derrière soi. » : point d'interrogation et non point ;
– « une route qui nous-mène » : « nous mène » (sans trait d'union) ;
– « que les déconcertants chinois » : « Chinois ».
Est-ce déjà la fin ?
– « dans quelques jours je serais » : « je serai » (discours direct) ;
– « Je sortis en trainant » : traditionnellement, « traînant » ;
– « pour les garder intacte dans ma mémoire » : « intacts » (le grandiose et l'indicible) ;
– « A l’horizon » : « À » (Alt + 0192) ;
– « les douces courbes des collines embrumées, m’apaisaient » : pas de virgule ;
– « Comment avais-je pu croire qu’il suffit de partir pour laisser sa vie derrière soi. » : point d'interrogation et non point ;
– « une route qui nous-mène » : « nous mène » (sans trait d'union) ;
– « que les déconcertants chinois » : « Chinois ».
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
Pourquoi ne pas poster le texte dans son intégralité sur ce même fil, maintenant ? Cela permettrait de pleinement en apprécier le déroulé.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
voilà alors l'intégralité du texte
Dernière nuit chinoise
Immobile, je contemplais la vallée qui s’étirait en un verdoyant océan de cultures, la plaine s’étalait à mes pieds jusqu’aux contrebas des sombres colosses montagneux. La contemplation aurait pu se suffire d’un tableau aux aplats de couleurs si contrastées, aussi vives dans les champs que sombres dans les montagnes. En réalité, en scrutant plus attentivement, la vallée s’organisait en une marqueterie aux multiples nuances colorées, parfaitement agencées en des milliers de rizières. Minuscules casiers si précisément délimités par leur diguettes de terre. Rien n’était le fruit du hasard dans ce paysage faussement naturel. Tout y avait été pensé, réfléchi, délimité, partagé, soigné, inventé depuis si longtemps. A l’horizon, les silhouettes courbées des villageois se muaient en petites taches noires aux pieds disparus dans la boue.
Je les avais aidés une partie de la journée au minutieux repiquage du riz. Fourbu, tel un citadin inadapté, je souffrais, la brûlure de mes reins me le rappelait cruellement. Dans cette société si respectueuse de l’ordre des choses, je compris pourtant que le repiquage habituellement réservé aux femmes nécessitait moins de force que le labourage attelé à un buffle. J’étais hébergé dans la maison d’une famille villageoise, ce qui était pour moi un luxe d’une rare authenticité, j’essayais par conséquent de me rendre utile. Accepter un étranger, de surcroît occidental, ne fut pas naturel. Les Européens entr’aperçus étaient des touristes pressés derrière l’œil d’un objectif photographique, entassés sur des bateaux de croisière remontant le fleuve bleu. Le soir tombait déjà dans la tropicale humidité ambiante. J’attendis sur le chemin le retour du couple qui m’offrait l’hospitalité et que je reconnus difficilement parmi la longue marche paysanne. Beaucoup me regardaient furtivement sans accorder davantage d’attention à ma singulière présence. A mes yeux, ils étaient des paysans pauvres et endurcis, j’étais vraisemblablement un étranger qui n’était pas à sa place. Je me demandais combien de temps encore ces Chinois vivraient ainsi. Plus en aval sur le fleuve bleu, à quelques kilomètres de là, la construction du plus grand barrage du monde avait englouti les villages, des millions de Chinois avaient dû quitter la région. Plus sournois encore, les dérèglements écologiques engendrés par un si grand lac artificiel risquaient à terme de compromettre leur avenir rizicole. Pour l’heure beaucoup profitaient d’avantages immédiats : le barrage des Trois- Gorges attirait touristes et devises.
Je rejoignais la ferme où l’on m’avait réservé une couche un peu à l’écart. Dans l’enclos, l’homme donnait à manger aux cochons noirs et aux poules. Au fond de la pièce collective, je devinais la femme à travers des vapeurs enfumées. J’étais fasciné par les préparatifs culinaires et la palette épicée des odeurs qui s’en échappaient. Avec des gestes aussi rapides que précis, elle s’affairait à l’aide de quelques rares ustensiles et d’une multitude de denrées dont je n’aurais pas su nommer la plupart. Munie d’un impressionnant hachoir, elle débitait tout ce qui lui passait entre les mains en fines tranches, lanières et cubes préparés pour le huoguo ou fondue. Bouillonnait une marmite au jus brunâtre très épicé. Chacun y plongeait viandes et légumes puis récupérait les morceaux pour les tremper dans un bol d’huile de sésame. Le goût et la température s’en trouvaient adoucis avant de porter à la bouche ces petites bouchées fumantes. Dans cette région humide du sud de la Chine, les rhumatismes étaient combattus à grandes doses de bouillon brûlant. Pour ma part j’avais appris à laisser ostensiblement quelques aliments dans mon assiette sous peine d’être immédiatement servi de nouveau. Les épices et la chaleur m’engourdissaient et je flottais dans une bruyante torpeur teintée des éclats de conversations que je ne comprenais pas. Avant de sombrer dans ma dernière nuit chinoise, une seule pensée me vint à l’esprit : demain je pars et dans quelques jours je serai avec ma femme et mes enfants.
Le lendemain, je m’éveillais aux sons rauques des cochons et à l’appel d’un coq lointain. Je sortis en traînant les savates et m’assis sur le premier talus qui surplombait la vallée. Le soleil énorme montait lentement tel le rideau d’un théâtre qui retient le suspens du spectacle. Je voulais tout capter et tout avaler, le grandiose et l’indicible, pour les garder intacts dans ma mémoire. A l’horizon, les douces courbes des collines embrumées m’apaisaient, je ne m’étais rarement senti aussi serein et lucide. Pourtant, la contemplation solitaire de la beauté était une triste souffrance. Ramassé sur ma butte de terre, la gorge nouée, je me mis à pleurer. Les yeux embués, je luttais pour garder le contrôle, mais ici, dans la province du Sichuan, je ne maîtrisais plus rien. Les digues cédaient, les vannes grandes ouvertes libéraient un flot de frustration et de regrets. Comment en étais-je arrivé là ? Comment avais-je pu croire qu’il suffit de partir pour laisser sa vie derrière soi ? Le voyage n’est pas une route qui nous mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même. Mon périple chinois pouvait s’achever, car j’avais découvert davantage encore l’étranger que j’étais que les déconcertants Chinois.
Dernière nuit chinoise
Immobile, je contemplais la vallée qui s’étirait en un verdoyant océan de cultures, la plaine s’étalait à mes pieds jusqu’aux contrebas des sombres colosses montagneux. La contemplation aurait pu se suffire d’un tableau aux aplats de couleurs si contrastées, aussi vives dans les champs que sombres dans les montagnes. En réalité, en scrutant plus attentivement, la vallée s’organisait en une marqueterie aux multiples nuances colorées, parfaitement agencées en des milliers de rizières. Minuscules casiers si précisément délimités par leur diguettes de terre. Rien n’était le fruit du hasard dans ce paysage faussement naturel. Tout y avait été pensé, réfléchi, délimité, partagé, soigné, inventé depuis si longtemps. A l’horizon, les silhouettes courbées des villageois se muaient en petites taches noires aux pieds disparus dans la boue.
Je les avais aidés une partie de la journée au minutieux repiquage du riz. Fourbu, tel un citadin inadapté, je souffrais, la brûlure de mes reins me le rappelait cruellement. Dans cette société si respectueuse de l’ordre des choses, je compris pourtant que le repiquage habituellement réservé aux femmes nécessitait moins de force que le labourage attelé à un buffle. J’étais hébergé dans la maison d’une famille villageoise, ce qui était pour moi un luxe d’une rare authenticité, j’essayais par conséquent de me rendre utile. Accepter un étranger, de surcroît occidental, ne fut pas naturel. Les Européens entr’aperçus étaient des touristes pressés derrière l’œil d’un objectif photographique, entassés sur des bateaux de croisière remontant le fleuve bleu. Le soir tombait déjà dans la tropicale humidité ambiante. J’attendis sur le chemin le retour du couple qui m’offrait l’hospitalité et que je reconnus difficilement parmi la longue marche paysanne. Beaucoup me regardaient furtivement sans accorder davantage d’attention à ma singulière présence. A mes yeux, ils étaient des paysans pauvres et endurcis, j’étais vraisemblablement un étranger qui n’était pas à sa place. Je me demandais combien de temps encore ces Chinois vivraient ainsi. Plus en aval sur le fleuve bleu, à quelques kilomètres de là, la construction du plus grand barrage du monde avait englouti les villages, des millions de Chinois avaient dû quitter la région. Plus sournois encore, les dérèglements écologiques engendrés par un si grand lac artificiel risquaient à terme de compromettre leur avenir rizicole. Pour l’heure beaucoup profitaient d’avantages immédiats : le barrage des Trois- Gorges attirait touristes et devises.
Je rejoignais la ferme où l’on m’avait réservé une couche un peu à l’écart. Dans l’enclos, l’homme donnait à manger aux cochons noirs et aux poules. Au fond de la pièce collective, je devinais la femme à travers des vapeurs enfumées. J’étais fasciné par les préparatifs culinaires et la palette épicée des odeurs qui s’en échappaient. Avec des gestes aussi rapides que précis, elle s’affairait à l’aide de quelques rares ustensiles et d’une multitude de denrées dont je n’aurais pas su nommer la plupart. Munie d’un impressionnant hachoir, elle débitait tout ce qui lui passait entre les mains en fines tranches, lanières et cubes préparés pour le huoguo ou fondue. Bouillonnait une marmite au jus brunâtre très épicé. Chacun y plongeait viandes et légumes puis récupérait les morceaux pour les tremper dans un bol d’huile de sésame. Le goût et la température s’en trouvaient adoucis avant de porter à la bouche ces petites bouchées fumantes. Dans cette région humide du sud de la Chine, les rhumatismes étaient combattus à grandes doses de bouillon brûlant. Pour ma part j’avais appris à laisser ostensiblement quelques aliments dans mon assiette sous peine d’être immédiatement servi de nouveau. Les épices et la chaleur m’engourdissaient et je flottais dans une bruyante torpeur teintée des éclats de conversations que je ne comprenais pas. Avant de sombrer dans ma dernière nuit chinoise, une seule pensée me vint à l’esprit : demain je pars et dans quelques jours je serai avec ma femme et mes enfants.
Le lendemain, je m’éveillais aux sons rauques des cochons et à l’appel d’un coq lointain. Je sortis en traînant les savates et m’assis sur le premier talus qui surplombait la vallée. Le soleil énorme montait lentement tel le rideau d’un théâtre qui retient le suspens du spectacle. Je voulais tout capter et tout avaler, le grandiose et l’indicible, pour les garder intacts dans ma mémoire. A l’horizon, les douces courbes des collines embrumées m’apaisaient, je ne m’étais rarement senti aussi serein et lucide. Pourtant, la contemplation solitaire de la beauté était une triste souffrance. Ramassé sur ma butte de terre, la gorge nouée, je me mis à pleurer. Les yeux embués, je luttais pour garder le contrôle, mais ici, dans la province du Sichuan, je ne maîtrisais plus rien. Les digues cédaient, les vannes grandes ouvertes libéraient un flot de frustration et de regrets. Comment en étais-je arrivé là ? Comment avais-je pu croire qu’il suffit de partir pour laisser sa vie derrière soi ? Le voyage n’est pas une route qui nous mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même. Mon périple chinois pouvait s’achever, car j’avais découvert davantage encore l’étranger que j’étais que les déconcertants Chinois.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
Ce qui me plaît surtout dans le texte, outre le dépaysement qu’il occasionne, c'est la cohérence entre la finalité du récit, ce qu'il démontre, et le traitement qui en est fait. Je pense à cet axiome :
“Le voyage n’est pas une route qui nous mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même. “
et à sa subtile illustration avec l’image du barrage apparue en début de texte et récurrente (même si métaphoriquement) à la fin.
“Le voyage n’est pas une route qui nous mène plus loin, mais une vaste boucle qui nous ramène toujours à nous même. “
et à sa subtile illustration avec l’image du barrage apparue en début de texte et récurrente (même si métaphoriquement) à la fin.
Invité- Invité
Re: Dernière nuit chinoise
un texte tressé en osier.
hi wen- Nombre de messages : 899
Age : 27
Date d'inscription : 07/01/2011
Re: Dernière nuit chinoise
Quel beau texte ! J'ai du mal à croire que l'on puisse écrire avec autant de précisions des paysages sans y avoir séjourné, tant, par petites touches très fines, l'atmosphère qui règne s'en dégage. Les mots sont choisis avec soin, et retranscrivent parfaitement chaque séquence, les champs, les coutumes, l'étrange étranger, la solitude...
Et quelle belle idée, pour conclure, d'avoir mis en parallèle la digue et les états d'âme de cet homme.
Et quelle belle idée, pour conclure, d'avoir mis en parallèle la digue et les états d'âme de cet homme.
Phylisse- Nombre de messages : 963
Age : 62
Localisation : Provence
Date d'inscription : 05/05/2011
Re: Dernière nuit chinoise
Bonsoir,
Une très belle écriture et un sens de la description très développé.
Je ne suis pas surpris que l'on puisse décrire la Chine rurale sans jamais y avoir séjourné. Parmi nos écrivains classiques les plus prolixes, Jules Verne qui a raconté et décrit un tour du monde et tant d'autres périples avait relativement peu voyagé.
Il faut saluer son travail de documentation ... sans internet !
La Chine qui n'est pas plus déconcertante que d'autres contrées, elle est simplement différente de ce que nous connaissons, sert d'écrin à une introspection qu'il n'est effectivement peut-être pas nécessaire de développer au risque d'arpenter des pistes et sentiers déjà tellement parcourus : l'amour perdu, l'insatisfaction professionnelle, la vieillesse qui approche et l'incommensurable ennui occidental qui en étreint plus d'un tant qu'il ne s'est pas essayé au repiquage du riz dans la plaine chinoise.
Amicalement,
midnightrambler
Une très belle écriture et un sens de la description très développé.
Je ne suis pas surpris que l'on puisse décrire la Chine rurale sans jamais y avoir séjourné. Parmi nos écrivains classiques les plus prolixes, Jules Verne qui a raconté et décrit un tour du monde et tant d'autres périples avait relativement peu voyagé.
Il faut saluer son travail de documentation ... sans internet !
La Chine qui n'est pas plus déconcertante que d'autres contrées, elle est simplement différente de ce que nous connaissons, sert d'écrin à une introspection qu'il n'est effectivement peut-être pas nécessaire de développer au risque d'arpenter des pistes et sentiers déjà tellement parcourus : l'amour perdu, l'insatisfaction professionnelle, la vieillesse qui approche et l'incommensurable ennui occidental qui en étreint plus d'un tant qu'il ne s'est pas essayé au repiquage du riz dans la plaine chinoise.
Amicalement,
midnightrambler
midnightrambler- Nombre de messages : 2606
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Localisation : Alpes de Haute-Provence laclefdeschamps66@hotmail.fr
Date d'inscription : 10/01/2010
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